17 / 20
23/01/2019
Gettin' out of style
DR. AWKWARD & THE SCREWS
 
Si un esprit facétieux vous faisait découvrir ce premier album de DR. AWKWARD & THE SCREWS et vous demande de situer l'origine géographique de ce groupe, nul doute que les États-Unis, et plus précisément les États bordant le Mississippi, se trouveraient inévitablement cités. Car nous avons ici droit à un festival de Blues Rock tendance Heavy sorti tout droit du meilleur alambic de Whisky de contrebande ! Mais, croyez-le ou non, DR. AWKWARD & THE SCREWS nous arrive d'Athènes. Non pas Athens en Georgie mais bien la capitale grecque. La Grèce n'étant pas particulièrement réputée pour une quelconque tradition en matière de Blues Rock, la maîtrise des codes inhérents au genre, la crédibilité du rendu n'en sont que plus méritoires.

Cela dit, ne nous méprenons pas, DR. AWKWARD & THE SCREWS n'est pas un groupe reproduisant servilement les codes du Blues Rock, perpétuant mécaniquement une tradition ; il s'en inspire et lui adjoint d'autres éléments. Tentons d'analyser la composition de ce nectar. En premier, l'essentiel des compositions adopte un format court et une approche concise (entre trois et cinq minutes). Production et mixage permettent une exposition très claire de chaque élément, avec une impression d'ensemble vivante et subtilement puissante ; bref, le genre de son qu'on peut apprécier sur les meilleurs albums entre 1965 et 1975, ce qui n'est pas rien.

Les compositions se déroulent sur des tempos médium, voire lents. La section rythmique se plaît à générer des grooves soit faussement indolents (à la ZZ TOP des débuts), soit plus épais et félins (à la Jimi HENDRIX EXPERIENCE). Sur une assise aussi moelleuse qu'épaisse, les guitares n'ont plus qu'à multiplier les riffs brefs mais intenses (par exemple, le défunt Paul KOSSOF de FREE n'aurait pas renié le riff de Below), les plans de guitares jumelles ciselés (WISHBONE ASH et THIN LIZZY auraient béni de telles parties !), des arrangements troublés et acides fleurant bon le psychédélisme. Sans compter des solos étincelants, jamais démonstratifs, toujours musicaux et suintant de feeling ; je suis certain que le solo de Doomed recevrait l'onction d'un Michael SCHENKER. L'approche subtilement mordante du groupe m'évoque en outre les commencements d'AEROSMITH, avec ce côté chat de gouttière qui peut tout aussi bien se faire câlin et vous décocher un vilain coup de griffes.
Le chant rauque et nasal se trouve filtré par un effet, procédé dont le systématisme ne me paraît pas forcément pertinent. Cela dit, cette voix apporte son lot de nuances variées, entre menace voilée et ironie sardonique.

Du point de vue stylistique, le groupe se montre apte à varier les plaisirs, allant du Boogie musclé de Low Life Groove au Hard Blues de Overdued, en passant par le Funk lourd de Take Me Down, par le groove psychédélique hendrixien de Outcast Of The Decades, par les alternances tour à tour vaporeuses et énervées du long Spellbound (plus de sept minutes de chaud et froid), par le Blues aérien de Counting.
Rien de typiquement révolutionnaire mais tout chez DR. AWKWARD & THE SCREWS dénote l'investissement dans l'interprétation, le souci d'une écriture affûtée, l'admiration pour une époque séminale.

Vidéo de Doomed cliquez ici et prestation live de Outcast Of The Decades cliquez ici.
Alain
Date de publication : mercredi 23 janvier 2019