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Un paysage sonore profond et chargé de sens
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Depuis 2022 et la sortie de son magnifique album Reinhold (chroniqué ici), le positionnement de GLI ALBERI est très singulier mais indiscutablement ancré dans l’Univers du Metal.
De prime abord, sa singularité prend forme dans le face à face de l’ange et du démon, à savoir la confrontation d’une voix féminine lyrique et d’un chant masculin saturé, crié ou growlé. Ce binôme antagoniste n’est pas exceptionnel dans le Metal moderne mais il est de surcroit porté dans la musique de GLI ALBERI par un second duel entre les claviers éthérés et les guitares bourdonnantes ou agressives, ainsi que par les compositions alternant entre passages atmosphériques et massifs. Sur ces trois niveaux (le chant, l’instrumentation, la composition) la musique des turinois se transforme en un paysage de contrastes. Le terme de « paysage » n’est pas ici pris au hasard car, si Reinhold avait pour fond la montagne, Maturafine est basé sur le concept de désert, à la fois littéralement, et métaphoriquement (les environnements inhospitaliers, ou ceux que nous avons rendus comme tels, dont l'homme est absent bien que d'autres formes de vie y prolifèrent).
GLI ALBERI a assez peu recours à l’architecture traditionnelle des morceaux et cette liberté formelle nous pousse à classer le groupe au rayon post-metal. Cependant, d’innombrables influences s’entremêlent au fil de l’album : d’évidentes inspirations doom sur Il Quarto Vuoto ou le premier mouvement d’Astralia, un développement très prog rock tout au long des 12’30 de Mare Tranquillitatis, du metal alternatif, voire expérimental, sur La Sabbia Coprirà Ogni Cosa qui joue magnifiquement sur la tension dramatique et poétique, sans compter les aspects médiévaux (intro de Sui Relitti), tribaux (Nomadi Grigi), ou classique...
Maturafine se distingue par l’impressionnant travail sur les voix. Bien sûr, la maitrise lyrique d’Arianna est époustouflante, mais cet atout est mis en lumière par de nombreux passages aux harmonies vocales d’une redoutable précision (le final de Q, le chant en canon d’El Camino, etc.), et des registres multiples, harsh pour Davide, clean pour Giovanni, parlés, joués, chantés... Je crois qu’à part le chant diaphonique mongole, toutes les techniques vocales sont utilisées et agencées sur cet album.
A côté de la richesse du chant, la composante instrumentale n’est pas en reste. En la personne de Marcel, le groupe a trouvé un batteur très créatif au background jazzy mais aussi à l’aise sur les patterns tribaux que sur les jeux de cymbales les plus subtiles (Mare Tranquillitatis). Davide n’en fait jamais trop à la basse, discret et efficace la plupart du temps. Il reste toutefois capable d’intrusions apocalyptiques (Mare Tranquillitatis) ou d’assauts en première ligne lorsque besoin est (Nomadi Grigi). Matteo est un caméléon de la guitare, massif, bourdonnant, cristallin ou carrément lumineux lors de l’orage métallique final de Sui Relitti, par exemple. Enfin, les synthés et claviers de Giovanni ont une présence multiforme et très forte mais jamais hégémonique qui va des coups de semonce en intro de La Sabbia Coprirà Ogni Cosa jusqu’au piano de Mare Tranquillitatis, en passant par les nappes étranges d’Il Quarto Vuoto.
Pas évident à dompter, plusieurs écoutes m’ont été nécessaires pour prendre conscience de la profondeur de Maturafine . À propos, ce titre est un néologisme qui signifierait plus ou moins que « nos carottes sont cuites ». Chaque écoute m’a révélé et me révèle encore de nouvelles idées, de croustillants détails. Une dernière recommandation : écoutez l’album en lisant le livret des paroles, véritable tour du monde où mythes et constats alarmants se bousculent, jusqu’à finir sur la lune comme pour laisser s’échapper vers le ciel une lueur d’espoir.
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● Membres actuels
GLI ALBERI est composé de : - Arianna PRETTE, chant ; - Matteo CANDELIER, guitare ; - Davide QUINTO, basse et chant ; - Giovanni BERSANI, claviers, synthé, guitare, chant ; - Marcel ALISIO, batterie.
Et en invités : - Magrìtte, chant sur Nomadi Grigi ; - Agnese GARUFI, saxo sur Mare Tranquillitatis.
● Discographie principale
- 2015 : River God, EP ; - 2017 : The Glimpse, LP ; - 2022 : Reinhold, LP chroniqué ici; - 2026 : Maturafine, LP.
● Artwork
La pochette est une composition photographique de Marco CALABRESE qui évoque les paysages et les émotions traversés par les différentes chansons. Pour en voir plus sur son travail, cliquez ici !
● En écoute ici
Extraits de Maturafine : - Q : Cliquez ici ! - Il Quarto Vuoto : Cliquez ici !
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