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Chronique
ABSTRACKT ALGEBRA - Abstrackt algebra

Style : Dark / Gothic / Doom / Stoner
Support :  MP3 - Année : 2023
Provenance du disque : Reçu du label
11titre(s) - 68minute(s)

Label(s) :
GMR
 (17/20)

Auteur : Alain
Date de publication : 25/03/2023
Candlemass en mode prog doom
S’il y a un point sur lequel on ne saura transiger, c’est que Leif EDLING est consubstantiel à CANDLEMASS, groupe en soi quintessentiel, qu’il fonda en 1984 (après avoir animé NEMESIS à partir de 1982). Seul membre permanent depuis le premier jour jusqu’à aujourd’hui, auteur et compositeur de l’intégralité du répertoire, le bassiste peut se vanter d’avoir donné naissance à pas moins de deux classiques du Heavy Metal, plus précisément du Doom Metal épique, à savoir le cultissime Epicus Doomicus Metallicus (1986), modèle de Doom ô combien torturé, à la fois épique et structurellement labyrinthique, et son successeur Nightfall (1987), étalon-maître du sous-genre, plus maîtrisé et balisé. Cela dit, ce statut de défricheur et de pionnier - aujourd’hui pleinement reconnu et célébré - ne doit pas masquer le fait que la carrière initiale du combo suédois n’a pas été de tout repos pour son géniteur. Outre les changements de musiciens, de chanteurs, de maisons de disques, CANDLEMASS dut se développer à une époque où prévalaient deux pôles opposés du Hard & Heavy : le Hard commercial en vigueur aux Etats-Unis d’une part, les sous-genres nettement plus virulents d’autre part (Speed, Thrash, Crossover, puis Death Metal). Pour être honnête, ayant été contemporain des débuts de CANDLEMASS, on peut affirmer que le groupe suscita immédiatement un culte certes fervent et mondial, quoique relativement restreint… Ayant perdu son chanteur emblématique, l’impayable Messiah MARCOLLIN après le quatrième album Tales Of Creation (1989), CANDLEMASS embaucha Thomas VIKSTRÖM pour réaliser Chapter VI en 1992, un opus moins lourd, toujours aussi épique.

Cela dit, en 1994, las de sa créature, Leif EDLING débanda CANDLEMASS et créa dans la foulée ABSTRAKT ALGEBRA, en compagnie du chanteur Mats LEVEN (dont le CV comporte notamment SWEDISH EROTICA, AT VANCE, SABBTAIL, TREAT, Yngwie MALMSTEEN, PRINS VART, THERION, FIREWIND, VANDERBERG et… CANDLEMASS !), les guitaristes Mike WEAD (KING DIAMOND, MERCYFUL FATE, HEXENHAUS, KAMLATH, MANINNYA BLADE, MEMENTO MORI…) et Simon JOHANSSON (MEMORY GARDEN, WOLF, BIBLEBLACK, apport live de SOILWORK et TIAMAT), le batteur Jejo PERKOVIC (MUSTASCH, THE BEAR QUARTET), le claviériste Carl WESTHOLM (KRUX, JUPITER SOCIETY, MEFISTO). En compagnie de ces fiers artisans, le bassiste, toujours auteur et compositeur exclusif, visait désormais un Heavy Metal ayant à la fois hérité de la lourdeur rythmique du Doom Metal et du goût pour les architectures rythmiques non linéaires, caractéristiques du Rock progressif. Quelques années avant l’éclosion du Metal progressif dans la foulée majestueuse de DREAM THEATER, Leif EDLING tentait la collision avant-gardiste et fructueuse entre d’une part le Heavy Metal pesant hérité de BLACK SABBATH, sublimement réincarné dans le Doom Metal, d’autre part un Metal adaptatif et relativement complexe, inspiré de RUSH (entre 1975 et 1981) et de BLACK SABBATH (albums Sabbath Bloody Sabbath et Sabotage).

En 1994, les journalistes de la presse musicale recevaient encore les albums dans leur format physique. Je me souviens de mon attention pour le moins dubitative en découvrant dans ma boîte aux lettres le CD Abstrakt Algebra par ABSTRAKT ALGEBRA, en provenance d’un petit label suédois, GMR records. A la vue d’une pochette aussi kitsch, j’avoue avoir failli rejeter purement et simplement cet album, sans même l’avoir écouté. Fort heureusement, un parcours rapide du livret me permit d’identifier le nom de Leif EDLING, lequel m’imposa l’écoute de cet opus hélas demeuré unique. En l’occurrence, Leif EDLING n’avait pas opté pour un épisode récréatif au sortir de ce qui apparaissait à l’époque comme l’aventure échouée de CANDLEMASS ; il s’agissait bel et bien de se redéfinir, sans toutefois renier un passé encore récent.

De fait, Abstrakt Algebra n’est pas un album à l’accès facile et immédiat. Pour bénéficier de ses avantages, il faut accepter des rythmiques à la fois goudronneuses et épaisses, avec une puissante convergence de la guitare rythmique, massive et tranchante, de la basse métallique et de la batterie à la fois intransigeante et évolutive. Il faut ensuite admettre que cet ensemble rythmique imposant se trouve animé par de nombreux changements de rythme et de tempo, lesquels injectent une dimension progressive certaine. Les durées des huit compositions originelles s’avèrent en outre passablement variables, avec d’un côté des morceaux ramassés et compacts (l’introductif et surpuissant Shadowplay, le mécanique et ultra-Heavy Vanishing Man, avec son chant filtré et son refrain lumineux, Stigmata, le Doom ponctué de sonorités électro Nameless), de l’autre des titres aux dimensions plus généreuses, dépassant le cap des sept minutes (l’hypnotique Bitter Root, le lyrique titre éponyme avec son introduction industrielle, le sinueux et magistral April Clouds, avec son orgue d’église) et offrant inévitablement plus de latitude pour multiplier les séquences, installer des contrastes entre écrasement rythmique et inserts mélodiques, développer des ambiances sur la longueur. Enfin, trônant au-dessus de l’ensemble, le colossal Who What Where When culmine carrément à 15’24 ! Après une première partie plutôt rapide et agressive, marquée par des rythmiques saccadées, un premier break plus lent, très simple, tendu, aboutit à une plage de guitare mélancolique, le tout perturbé par des bruitages. Après quoi, la charge est sonnée, dans une optique épique salvatrice et ravageuse. S’ensuivent des successions de pics d’intensité et des plages plus apaisées, aux ambiances néanmoins toujours troubles, hantées par des guitares émettrices d’un psychédélisme lourd. Quelle bousculade admirablement maîtrisée !

Reste à évoquer la qualité de l’interprétation de la part de tous les membres du projet. Nous avons déjà loué les qualités d’un ensemble rythmique à la fois imposant et évolutif, tantôt massif, tantôt subtil. Ainsi, on apprécie certes les riffs de guitares tendus, épais, tranchants ; pour autant, il ne faudrait pas oublier les qualités évidentes des interventions en mode solo, techniquement affûtées, mélodiquement porteuses. Mais, par-delà la solidité et l’exploration parfois aventureuse assurée par les instrumentistes, n’oublions pas de louer la prestation d’un chanteur qui, à l’époque, était encore peu connu, quoique déjà aguerri : Mats LEVEN. A ce jour, la carrière de ce chanteur comporte des mentions telles que SWEDISH EROTICA, Yngwie MALMSTEEN, THERION, SKYBLOOD, DENNER’S INFERNO, PRINS SVART et VANDERBERG. Bien des années après sa prestation sur ce premier opus, le chanteur continua sa relation avec Leif EDLING, en enregistrant les pistes de chant démos pour plusieurs albums de CANDLEMASS, en assurant trois albums et un DVD live avec le projet ultra-Doom KRUX, puis en rejoignant CANDLEMASS (le temps des EPs Death Thy Lover en 2016 et House Of Doom en 2018), avant de se voir peu élégamment évincé). En l’occurrence, bien avant le temps des fâcheries, l’apport vocal de Mats LEVEN à ce premier album d’ABSTRAKT ALGEBRA s’avérait solide, intensément expressif, techniquement tenu souvent brillant dans son investissement dramatique et on ne peut plus solide dans sa capacité à impacter les lignes de chant.

Au rayon des reproches, on ne peut que relever le vieillissement indubitable de la prise de son de l’époque – certes vivante et peu aseptisée – et du mixage – trop peu profond, manquant d’un peu de puissance. Cela dit, outre les qualités intrinsèques de l’album originel, la présente réédition propose en bonus un inédit de bonne qualité, Remulus And Romus, ainsi que des versions démos de Shadowplay et de Nameless.

A priori, ce premier album d’ABSTRAKT ALGEBRA peut apparaître comme un coup d’épée dans l’eau, étant donné son absence de succès public et le voile d’oubli qui le couvrit par la suite. Cependant, il annonçait avec brio une résurgence de CANDLEMASS, avec ce mélange de Metal progressif, de Doom torturé et d’arrangements électroniques dérangeants. C’est ainsi que virent le jour les albums Dactylis Glomerata (1998) et From The 13th Sun (1999), porteurs d’un Doom moins traditionnel, plus infectés par d’épaisses dissonances modernes. En outre, peut-être peut-on établir un lien entre les arrangements de claviers et électroniques essaimés sur Abstrakt Algebra et le rôle non négligeable joués en la matière dans le cadre du groupe KRUX (surtout sur le chef d’œuvre qu’est le premier album, paru en 2002) ; dans les deux cas, le claviériste Carl WESTHOLM, de JUPITER SOCIETY, se trouvait aux commandes et ce n’est pas un hasard.

Loin de n’être qu’une curiosité accessoire dans la foisonnante discographie initiée par Leif EDLING (résumons : NEMESIS, CANDLEMASS, ABSTRAKT ALGEBRA, KRUX, DOOMSDAY KINGDOM, AVATARIUM, paie ton CV !), cet album possède des qualités de composition et d’interprétation indéniables (hier comme aujourd’hui), qui méritent amplement d’être (re)découvertes en 2023. Le projet a enregistré par la suite un second album, qui ne vit hélas pas le jour, du fait de la reformation de CANDLEMASS ; cependant, ce second album trappé vit enfin le jour en 2006, en guise de second CD de la réédition de l’album Dactylis Glomerata de CANDLEMASS (les deux albums ayant des titres en commun). Excellente et pertinente réédition.

Vidéo de Stigmata : cliquez ici
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