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Chronique
REVEREND BIZARRE - Slice of doom

Style : Dark / Gothic / Doom / Stoner
Support :  CD+DVD - Année : 2022
Provenance du disque : Acheté
23titre(s)

Site(s) Internet : 
REVEREND BIZARRE BANDCAMP
SVART RECORDS WEBSITE

Label(s) :
Svart records
 (19/20)

Auteur : Alain
Date de publication : 06/09/2022
Les racines du mal
Pour avoir généré au cours des années 2000 un Doom Metal à la fois traditionaliste et extrémiste, le trio finlandais REVEREND BIZARRE a acquis un statut authentiquement culte. Ce dernier terme se trouve ô combien galvaudé de nos jours, j’en conviens aisément, mais, en l’occurrence, totalement justifié. Dès ses débuts obscurs dans la ville de Lohja, puis dans celle de Turku, se manifesta une obsession pour BLACK SABBATH, jusque dans des photos promotionnelles reprenant les poses et les caractéristiques esthétiques (noir et blanc, grain…) adoptées dans les années 70 par les sires IOMMI, OSBOURNE, BUTLER et WARD.
Franche idolâtrie ou second degré, le fait est que le trio explosa rapidement les formats et les recettes de son modèle, ainsi que des autres sources d’inspiration ostensibles, tel que WITCHFINDER GENERAL, WITCHFYNDE et autres formations au décorum ésotérique du début des années 80. REVEREND BIZARRE opta dès sa première démo Slice Of Doom (parue fin 1999) pour des formats particulièrement longs. Cette démo comprenait en effet quatre titres. Hormis le concis Pyramids Of Mars (basé sur le thème de la série télévisuelle britannique Doctor Who), les trois autres compositions affichaient respectivement 8’57 (Strange Horizon), 10’39 In The Rectory Of The Bizarre Reverend) et 15’34 (Fucking Wizard) ! De forts beaux bestiaux qui reposaient essentiellement sur la lenteur du tempo, sur la pesanteur et sur l’épaisseur des rythmiques, chaque riff charbonneux se trouvant directement et pesamment appuyé par une basse énorme et bien présente dans le mix, la batterie ponctuant sèchement et sévèrement ces rythmes décharnés. Outre l’exquise pesanteur, le chant dans un registre médium, nasal, parfois laconique, souvent subtilement malsain, ponctuellement plaintif, ainsi que les effets de réitérations rythmiques produisaient in fine un effet hypnotique, relevant tout autant d’un mauvais trip au LSD, que d’une absorption massive de codéine : voilà la griffe de REVEREND BIZARRE superbement définie dès le début. C’est lourd, voire massif ; c’est psychédélique, voire carrément perché et défoncé ; c’est ultra-classique quant aux ingrédients de base, foncièrement transgressifs de par ces longues divagations, certes maîtrisées formellement, mais forcément éprouvantes du point de vue sensoriel.

Initialement, la démo Slice Of Doom comportait donc quatre compositions. Qu’est-ce qui permet au label finlandais Svart records de sortir conjointement des coffrets en supports vinyle et CD, axé autour de cette démo, mais si copieusement augmentés, à tel point qu’il faut compter respectivement quatre vinyles et un DVD, ou quatre CD et un DVD, selon les versions ? Rappelons tout d’abord que la démo Slice Of Doom a déjà connu en 2004 une réédition chez PsycheDOOMelic records (rebaptisée Slice Of Doom 1999-2002 et pastichant en mode flippant le visuel de la pochette du séminal premier album Vincebus Eruptum du trio américain de Blues Rock psychédélique et outrageusement électrique BLUE CHEER, publié en 1968), très fortement augmentée pour atteindre un total de treize titres !

En 2022, Svart records prétend retracer fidèlement et complètement les débuts de REVEREND BIZARRE, soit avant la publication du premier album studio In The Rectory Of The Bizarre Reverend en 2003, sur un micro-label. On peut à juste titre vilipender cette obsession à publier et republier la moindre trace d’enregistrement de REVEREND BIZARRE, qui plus est dans des configurations sans cesse mouvantes et redéfinies. A cela, le fan que je suis peut vous expliquer en quoi la discographie officielle s’avère chiche en albums originaux. Seulement trois : In The Rectory Of The Bizarre Reverend (2002), III : Crush The Insects (2005) et III : So Long Suckers (2007). Pour être honnête, il faut mentionner la flopée de formats courts, souvent partagés (conférez-vous à la fort copieuse compilation double CD Death Is Glory… Now, parue en 2009 de manière testamentaire) et quelques EP, tel que Harbinger Of Metal (2013, sept titres – dont une reprise du Dunkeleit de BURZUM – pour une durée totale de… 1h14 !!!).

Autant au titre d’adepte de REVEREND BIZARRE que de fanatique du Doom dans la durée longue, on ne peut que s’attacher à cette entreprise respectueuse et luxueuse qu’entreprend aujourd’hui le label finlandais Svart records, dont le catalogue témoigne d’un sens pointu, diversifié et généreux de la production et de la réédition. Le coffret annonce sur son côté verso trois CD : une fois ouvert, on constate qu’il comporte quatre CD et un DVD. Bizarre bizarre, cher révérend…

Avant d’éveiller inutilement l’activisme des trolls du web version Metal, activons-nous à souligner le sérieux de l’affaire. Tout d’abord, le coffret en carton solide et épais reprend fidèlement le visuel artisanal d’origine, bricolé, amateur et relevant davantage du registre Stoner : champignon qui disperse de rondelettes spores en direction d’une fleur généreuse… cela sentait les substances naturelles illicites à l’époque et il n’y a aucune raison qu’il en soit autrement de nos jours. La compilation de PsycheDOOMelic records de 2004 affichait pas moins des treize pistes, là où la présente réédition n’en annonce que dix. Explication : une introduction et une outroduction ont été remixées au sein de leurs compositions respectives. Demeure un déficit d’une unité, à savoir la reprise de Dark World de SAINT VITUS (titre introductif du second album que le groupe grava avec son chanteur originel, Scott REAGERS, à savoir Die Healing, paru chez Hellhound records en 1995). Il semblerait que des motifs contractuels empêchent de faire figurer cette reprise dans son contexte originel, ce qu’on ne saurait reprocher à Svart records. Le fait est, qu’à l’exception de cette reprise, l’intégralité des morceaux présents sur l’une des différentes versions de Slice Of Doom.
Le coffret comprend en outre la version originelle (de quatre titres) de Slice Of Doom, ainsi que la démo (de quatre titres itou) qui permit au groupe de décrocher son premier contrat discographique avec le micro label Sinister Figure. Ce à quoi il faut ajouter le DVD de la captation brute de décoffrage du premier concert donné par le trio à Turku, le 18 septembre 1999. Mettons qu’il s’agit-là d’un témoignage, qu’il ne faut pas s’attendre ni à une prestation parfaitement huilée, encore moins à une captation vidéo et audio de haut vol. A ne considérer que comme une archive sympathique et authentique.

Reste à savoir ce que contient ce fameux quatrième CD, pas cité dans les annonces du label, pas plus que listé sur le coffret. Avec juste un logo vert sur fond jaune, impossible d’avoir un indice préalable. Il s’agit en fait de la bande son du DVD, soit cinq titres témoignant à la fois de la clarté du projet du trio (quand le groupe est pleinement lancé dans un morceau) et d’un certain bordel. A l’instar du DVD, ce n’est pas indispensable, mais c’est loin d’être inintéressant. Et puis, le fan que je suis a bien le droit de trouver frissonnant le fait de découvrir ce CD inattendu, non ?

Une fois la généalogie et l’état des lieux longuement établis, reste à déterminer l’essentiel : d’un point de vue musical et artistique, en quoi l’acquisition de ce coffret s’avère-t-elle intéressante, voire nécessaire ? Certes, pour les fans qui ne peuvent plus rien espérer de nouveau de la part du trio désormais séparé, cela représente un copieux shoot, en prise directe avec les prolégomènes du phénomène, sans oublier la dimension fétichiste. En parlant de fétichisme, la version CD s’avère la moins onéreuse, mais il faut souligner que les versions vinyles comportent des goodies supplémentaires (affiches notamment), pour un prix cependant nettement supérieur.

Cela dit, tout l’intérêt intrinsèquement artistique de ce coffret réside dans la révélation de la vision programmatique des trois complices, le bassiste et chanteur Albert Witchfinder faisant office d’élément moteur, superbement appuyé par le guitariste Peter Vicar et le batteur Earl Of Void ; rarement aura-t-on entendu une entente aussi parfaite dans un contexte musical aussi étiré et austère ! Impossible d’échapper à ce constat flatteur : dès le stade des démos initiales, REVEREND BIZARRE atteignait ses objectifs, en dépit d’un son forcément plus sec, moins massif que sur les albums à venir. Il y avait d’une part une appropriation de la lourdeur et du psychédélisme poisseux de BLACK SABBATH. Mais aussi une injection du Heavy occulte de la charnière 70-80, incluant la NWOBHM. Sans oublier une juste appropriation du caractère rugueux et austère du Doom classique, florissant dans les années 80 (SAINT VITUS, THE OBSESSED, TROUBLE, PENTAGRAM, INTERNAL VOID et le reste de l’écurie du label Hellhound records). Toutes les promesses syncrétiques se trouvaient déjà tenues, restaient à les exploiter en y mettant des formes encore plus titanesques… Quel groupe ! Quelle absence, dorénavant !!!

Vidéo de In The Rectory Of The Bizarre Reverend : cliquez ici
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